TERRE !

Samedi 13 mai 2023, 9 heures du matin.
Nous sommes en mer depuis 19 jours, TERRE EN VUE ! On aperçoit Faial et Pico, les premières îles des Açores !

Mais avant…

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La transat retour

Programme : des Bahamas vers le Portugal, en faisant un stop aux Bermudes, et un séjour aux Açores. Cette longue route de près de 3500 milles (6 500km) peut donc être découpée en trois tronçons, 740 milles pour les Bermudes, 1900 milles Bermudes – Açores, et 800 milles pour le Portugal.

Nous levons l’ancre le 14 avril à 8 heures, c’est partit !

Cette traversée s’est faite en conditions variables, avec des vents moyens à faibles, au total on a fait 40 heures de moteur, et une mer plutôt agitée.

Faits marquants

On croise des cargos ou pétroliers, en général on ne les voit que sur l’AIS (sorte de radar) sur notre écran. Avec cet appareil, on voit le navire de très loin (15 à 20 milles), on connaît son cap, sa vitesse, et ça nous calcule le cas échéant le moment et l’endroit où on doit se croiser, avec l’écart entre nous. L’autre navire reçoit de nous les mêmes informations.

Alarme sur notre écran ; nous en haut, le cargo en bas. Nous faisons route de collision. Le Belforest, cargo norvégien de 200 m de long, avance à 12 nœuds au cap 16°, et croisera notre route dans 56 mn, avec un écart de 0,28 milles. Dans ce cas, pour augmenter l’écart au moment du croisement, le cargo dévie sa route de quelques degrés, et nous avons ralentit, passant de 6 à 4 nœuds. Normalement, les capitaines de ces bateaux sont de bons professionnels, et il n’y a pas de souci. Au besoin ils nous appellent à la radio.

Le Belforest croise notre route 1,5 mille devant nous, on ne s’y frottera pas !

Une nuit, à 3 heures du mat, on se prend un orage, avec forte pluie, vent tournant etc ! La grand voile était déjà réduite au 2ème ris, on a rentré le génois et tenu la barre pour rester vent arrière, sous la pluie. La pluie froide ! On n’est plus aux Caraïbes !

Un après midi, une hirondelle rustique en migration viens se poser sur le bateau. Elle est peu farouche, ou très fatiguée, et j’arrive à la prendre sur la main

Elle repartira le lendemain.

Dans la soirée, le vent tombe, et on met le moteur. Par mer agitée, avancer fait moins bouger le bateau, c’est plus confortable. Mais rapidement l’alarme sonne, le moteur surchauffe ! On arrête, vraiment dépités, on décide d’attendre le lendemain, il fera jour et la mer sera un peu calmée, peut-être… Après une mauvaise nuit à dériver dans un roulis permanent, on trouve la panne (mauvaise circulation de l’eau de mer dans le refroidisseur) et le moteur repart, ouf !

Vendredi 21 avril à 1h30 du mat, on en vue du phare de Gibbs Hill sur les Bermudes. À 9 h nous entrons dans St Georges harbour par une étroite passe. Les formalités d’entrée ont été rondement menées, puis à l’ancre, repos !

Des Bermudes, nous n’avons visité que St Georges, attendant le bon créneau météo pour la suite. Une quinzaine d’autre voiliers sont là aussi, de différentes nationalités : norvégiens, allemands, hollandais, argentins, anglais, américains… Les équipages échangent leurs perceptions des prévisions météorologiques, une réunion a même été organisée par quelques uns pour en discuter, et boire un coup

Les Bermudes font partie du Commonwealth, ça les différencient des Bahamas. Ici c’est so british, mais c’est quand même un état très riche couvert de très grosses villas. St Georges est quand même un petit village tranquille assez sympa, sauf quand on va faire ses courses !…

des voiliers plus grands que le notre… dans les 50 m!

Après quelques réparations (refaire le joint de la trappe du réservoir de GO qui fuyait, couture sur la capote, couture sur le génois), plein d’eau et de gasoil, nous reprenons la mer, le 25 avril, la météo n’est pas super favorable mais avec les conseils de Christophe, un ami navigateur croisé à Madère, avec qui nous resterons en contact par satellite pendant la traversée, nous sommes confiants.

Départ à 9h30 mardi 25 avril, après les formalités de sortie. Comment résumer cette traversée ? Difficile, on a eu de tout entre la pétole (pas ou très peu de vent) et du vent soutenu qui nous faisait bien avancer (6 nœuds parfois 7!), du Nord, du Sud, de l’Est, de la mer agitée à la mer complètement plate, ça c’est bien reposant mais c’est parce qu’il n’y a pas de vent, donc on n’avance pas ou alors au moteur.

Un brusque et fort coup de vent pendant ½ h ou ¾ d’heure, jusqu’à 50 nœuds avec les voiles non rentrées, donc il y a eu un peu de dégâts matériels…

Pendant le coup de vent nous n’avons pu affaler la grand voile, la drisse s’étant prise dans le mât. Il a fallu y grimper, une fois le vent retombé, mais ça bougeait encore bien !

le génois a été abimé, pas très grave mais faudra passer chez un maître voilier

Surtout nous avons été dans l’incertitude constante sur la fin du parcours, la météo changeait de jour en jour mais toujours avec des vents très faibles (va-t’on pouvoir arriver aux Açores ?).

Ce qu’on voit sur l’écran quand on a chargé un fichier météo par satellite : très peu de vent là où nous sommes et dans tous les sens ! (35 noeuds dans la gauche de l’image mais ça c’est loin)

On a passé beaucoup de temps à la table à carte devant l’écran avec ces fichiers météo pour essayer d’anticiper notre route. Peine perdue, la météo sur ce secteur changeait tous les jours ! Enfin ça nous a occupés !

En fait on a quand même eu assez de vent sauf à la toute fin, au 18ème jour, où on a fait presque 24 heures de moteur avec juste quelques petites pauses (pour manger au calme, vérifier les niveaux du moteur après refroidissement).

une mer d’huile

video : ça bouge pas mal, quand même !

notre trace une nuit à la dérive (pas de vent); ce tronçon représente 3.4 milles, en ligne droite…

montage du tangon pour du vent arrière fort

video : les voiles en ciseaux, le génois tangonné

envoi du spi pour du vent arrière faible
le vent est même trop faible pour gonfler le spi, les mouvements du bateau baladent la toile

On voit de plus en plus de dauphins (au moins 2 espèces identifiées : le dauphin commun à bec court et le dauphin tacheté), de plus en plus de puffins cendrés, on a vu ou croisé de nombreux navires, entre 1 et 4 par jour, alors que la transat aller, on n’en avait vu qu’un !

L’espèce la plus représentée sur l’eau pendant cette traversée est cependant … la physalie, croisée sur l’ensemble de la traversée. Très jolie lorsque le soleil couchant ou levant traverse sa voile translucide, ses tentacules de 10 à 50 m de long sont extrêmement urticantes, voir mortelles. Bon, de toutes façons, on ne s’est pas baigné !

les plus grandes font env. 15 cm (photo sur internet)

On est passé par un point situé au « milieu » de l’Atlantique nord : entre le Portugal et la Floride, 1812 milles (3352 km) de chaque coté ! De là on a jeté une bouteille à la mer, avec un message.

Et par un point situé à peu près à égale distance des destinations extrêmes de notre voyage : 3000 milles d’Alta au Nord de la Norvège, de l’île d’Astypalaia à l’Est dans les Cyclades, et à l’Ouest du Rio dulce au Guatemala. Trop près de la Guyane, seulement à 2000 milles au Sud.

Et on a passé les 30 000 milles au compteur !

Samedi 13 mai à 9 h, le 19ème jour, Faial en vue au loin ! tandis que sur l’AIS on voit 6 autres voiliers qui convergent vers l’île.

Faial à gauche, Pico à droite, dominée par le Ponta del Pico, 2351 m

Nous entrons dans la baie de Horta à 18 heures pour nous mettre au ponton d’accueil. Bien contents d’être arrivés, pardi !

Nocciolino à la célèbre marina de Horta, avec le joli pavillon des Açores

Horta est l’étape incontournable des navigateurs qui traversent l’Atlantique dans ce sens. Et chacun, ou presque, y laisse sa marque !

Une réflexion sur « TERRE ! »

  1. Cool, ça fait plaisir d’avoir des nouvelles, assez bonnes malgré tout, vous êtes en vie, sain et sauf, le bateau flotte et tout.
    Bonne pause, refaite le plein d’énergie !
    Bons vents (mais pas tourbillonnants…)
    Bises
    Jean-No

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