En route pour la Colombie

Nous n’avons mouillé à Aruba, une des îles des Antilles néerlandaises (les ABC), que pour s’y reposer une nuit. Le mouillage est pourtant idyllique : bien protégé de la houle mais bien venté, et surtout en bout de piste de l’aéroport très actif, les avions qui atterrissent passent presque sur le bateau ! Pas loin des plages très bruyantes avec sono, de la route avec des abrutis font des runs en moto hurlante, et sur le trajet des bateau-taxis desservant un ressort sur l’île qui ferme la lagune, ne se gênant pas pour passer tout près du bateau, le faisant danser joyeusement… Ceci dit la nuit a été tranquille.

Le nord de cette île est couvert d’importantes infrastructures touristiques tandis que le sud est très industriel, avec entre autres une grosse raffinerie… abandonnée ! A t-elle subi le même sort que celle de Curaçao, construite par Shell pour raffiner le pétrole vénézuélien, puis rachetée un dollar symbolique par Curaçao – à priori à cause de gros problèmes de pollution – et ensuite exploitée par le Vénézuela jusqu’en 2019, date à laquelle les américains ont torpillé le renouvellement du contrat dans le cadre du blocus de ce pays, laissant sur le carreau un millier d’ouvrier. Le Vénézuela a beaucoup de pétrole, mais n’en raffine que peu ou pas sur son territoire et se trouve du coup dans une situation de pénurie qui renforce la situation dramatique de ce pays, qui doit trouver des fournisseurs comme l’Iran, qui contournent le blocus américain ! (NB : les raffineries des ABC sont à 50 km de la côte vénézuélienne!)

la raffinerie de Curaçao, à l’arrêt, vue depuis le bateau à la marina. Au moins ça pue pas !

La côte colombienne est réputée difficile, à cause de conditions météo plus sévères qu’ailleurs et d’une mer qui peut devenir très mauvaise, dans certaines conditions. D’après les textes que nous consultons, il vaut mieux partir par petit temps, mais nous scrutons la météo depuis longtemps sans voir arriver ces conditions favorables. Nous avons décidé de partir quand même, le vent portant étant moins pénible, le trajet jusqu’au Cabo de Vela étant assez court, 130 milles soit environ 24 heures, si c’est difficile ce ne sera pas trop long…

Nous partons en tout début d’après midi, vent arrière de près de 30 nœuds (20 annoncés), sous voilure très réduite, grand voile à 3 ris et génois sur tangon bien arrimé pour que rien ne bouge, on avance quand même à 8 nœuds !

La mer n’est pas mauvaise, les vagues, même courtes et un peu abruptes viennent bien par l’arrière et tout se passe bien. Le vent faiblit peu à peu, et au coucher du soleil nous n’avons plus que 20 à 23 nœuds, les vagues nous viennent bien un peu sur la hanche donc ça roule mais on a eu pire.

Pendant la nuit le vent a encore faiblit si bien qu’on n’avançait plus qu’à 4 nœuds, et au petit matin on avait déroulé le génois en entier (la grand-voile restant arrisée au maximum pour ne pas se compliquer la vie). Pendant une période la mer a semblé plate, bref tout bon ! Le vent a repris du poil de la bête en milieu de matinée, on a peu à peu réduit le génois, toujours sur tangon, pour finalement retrouver un vent arrière de 30 nœuds et même plus dans les rafales, mais tout est sous maîtrise (les vrais marins vous diront que 30 nœuds, c’est pas du gros temps, nous on préfère moins).

quelques photos « en pleine mer » ne font pas de mal (de mer)! Remarquez que le pilote fonctionne !

On tourne le Cabo vers 16 heures et on met le moteur pour remonter le vent et s’approcher du mouillage dans une immense baie… mais, bientôt ça ratatouille, le moteur ne marche plus qu’au ralenti ! Et n’a pas assez de puissance pour remonter le vent, qui nous entraîne loin de la côte ! Bon, bien qu’à ½ mille du rivage les fonds sont encore hauts et on peut jeter l’ancre, le bateau s’arrête mais le clapot généré par le vent est assez important. Assez découragés par ces problèmes de moteur (neuf!), on se pose un peu – rangement, bière, analyse de la situation – et on regarde pourquoi ce bourrin ne veut plus travailler. Cause trouvée : une petite boulette de saloperie dans la tuyauterie du pré-filtre à gasoil !!! Grrrr ! Le réservoir a été vidé et nettoyé par des pros à Trinidad ! Bon, nettoyage, un filtre neuf et ça marche. On relève donc le mouillage pour s’approcher du rivage et on jette l’ancre dans de meilleures conditions à 200 m du rivage, on ne peut aller plus près par manque de profondeur supposée.

Nous sommes en territoire colombien, à l’extrémité de la péninsule de Guajira, chez les Wayuu. Une région isolée mais qui s’ouvre de plus en plus au tourisme «  d’aventuriers … »

Des pêcheurs circulent dans le secteur et nous proposent leur pêche, le premier jour nous leur prenons une belle bonite et le deuxième une langouste, payés avec quelques pesos que nous avions et quelques dollars.

(le cours du peso colombien : 1 € = 3750 Pec, 1 million de Pec = 244 €)

Les pêcheurs ont soit très peu de moyens, et se servent des petites barques traditionnelles taillées dans un tronc, sans moteur, soit de barques plus grandes (4 à 6 m) équipées d’un antique moteur in-board monocylindre, poum poum poum, et rarement d’un hors-bord moderne.

une barque-tronc

Nous allons faire un tour à terre, traversant le hameau près duquel nous sommes ancrés, presque toutes les maisons donnant sur la mer ont été très récemment transformées en hébergements rustiques, très rustiques pour touristes. La péninsule du Cabo est très sèche, désertique même, mais on y trouve des chèvres et des moutons, en liberté. Ça change des ABC !

Plus loin dans la baie, c’est un spot de kiteurs, avec 2 ou 3 écoles de kite-surf, et plein de petits restos et posadas qui se partagent une maigre clientèle (on est hors saison?) en offrant la pêche locale. Une rue principale en terre,

des constructions légères la plupart en palme, mais la tôle est présente de même que la parpaing.

le spot de kite, les vendeurs d’artisanat local, sacs et bracelets brésiliens , – la mère et le gamin – et, remarquez, notre annexe…

La nuit suivante, on nous vole notre annexe attachée derrière le bateau ! (avec le moteur et la nourrice). La veille on avait oublié de la cadenasser comme d’habitude, à la fois insouciance et confiance dans l’atmosphère bon-enfant du pueblo. Là, c’est la grosse tuile ! On ne peut plus aller à terre, l’annexe est le complément indispensable du voilier, à moins de n’aller que dans des marinas, ce qui est inenvisageable ! Nous hélons des pêcheurs de passage, qui nous emmènent au pueblo pour aller demander l’aide de la police. Et après avoir passé une heure au poste (un tout petit poste mais grand pour l’importance de la population – on est en Colombie pas bien longtemps après une longue et horrible guerre civile), puis déambulé dans le village pendant quelques heures, en racontant notre mésaventure à droite et à gauche, on se fait ramener au bateau, pour attendre…, le moral dans les chaussettes, bien sûr !

En sept ans, c’est la première fois qu’on nous vole quelque chose, mais là c’est fort ! Et ça nous coûtera encore une blinde, même si on rachète moins gros (et moins bien), et encore, si on trouve, à Santa Marta, l’étape suivante. Sinon à Carthagène…

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